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Je suis féministe et je dis « auteur »

Je ne rédige pas cet article pour créer une polémique ou un conflit comme cela a été récemment le cas sur Twitter. J’ai juste à coeur d’expliquer mon choix car les jugements indirects m’ont beaucoup blessée. J’aurais aimé qu’avant d’en arriver là, les gens prennent la peine de me poser cette toute petite question : « Pourquoi n’utilises-tu pas le féminin d’auteur pour te qualifier alors que tu es une femme ? »

La raison est simple : je considère le mot « auteur » comme neutre et non masculin. Il est évident que le dictionnaire le dit masculin, mais je fais une différence entre son genre grammatical et son genre d’utilisation.

Certains diront « tu n’as pas le droit, on ne fait pas ce qu’on veut de la langue française », j’aimerais rappeler à ces personnes que le mot « auteur » peut tout à fait être utilisé pour une femme, contrairement à « auteure » qui, lui, n’est pas un mot français. Et si cela ne les convainc pas, je dirais que notre langue est évolutive et qu’en ce sens, il est absurde de vouloir empêcher les gens de la faire changer. Dois-je rappeler que l’écriture inclusive n’a rien d’officielle et que pourtant, beaucoup de ceux qui disent « autrice » l’utilisent ? C’est la beauté de notre langue, elle est façonnée au fil du temps par ceux qui la parlent. Je ne pense pas que mon souhait de faire d’auteur un mot neutre soit plus insensé que l’ajout d’accent sur les majuscules ou le retrait de l’accent circonflexe, par exemple.

En dépit de ce que l’on pourrait penser, c’est justement parce que je suis féministe que j’utilise « auteur ».
Cela vous semble absurde, n’est-ce pas ? Laissez-moi vous expliquer.

Si je ne tiens pas à me faire appeler autrice, c’est parce que je n’ai pas envie d’être dans une case différente des auteurs masculins. Parce que je suis leur égal, je porte fièrement le statut d’auteur. Comme je l’ai dit plus haut, je pense que c’est un mot neutre (de la même manière qu’un homme est aussi UNE personne et qu’une femme est UN être vivant) et en le féminisant, on classe les femmes dans une catégorie et les hommes dans une autre. On marque une distinction qui me déplaît et j’ai le sentiment que c’est ainsi qu’on fait du sexisme. Je ne pense pas que les gens se battant pour faire dire « autrice » soient sexistes, au contraire ! Je pense juste que cette distinction favorisera le sexisme en donnant aux gens la possibilité de faire encore des comparaisons entre hommes et femmes. C’est justement parce que je veux être considérée l’égal de l’homme que je suis ravie d’être appelée de la même manière et de montrer à ceux qui pensent les femmes inférieures, que je fais un métier qu’ils croyaient pourtant réservé aux hommes.

Bien sûr, de nombreux métiers ont un masculin et un féminin qui sont tous les deux utilisés couramment, mais ce ne sont généralement pas des métiers qui sont qualifiés « d’hommes » et leur féminisation n’avait pas pour but de prouver quelque chose. C’était un acte purement lié à la grammaire, contrairement à autrice (ou doctoresse, pompière, chauffeuse…) qu’on essaie de faire adopter pour des principes féministes que, vous l’aurez compris, je trouve presque anti-féministes.

Il existe des métiers non genrés comme journaliste, pédiatre, psychologue… pourquoi ne pas faire d’auteur quelque chose de similaire ? Pour une terminaison ? Beaucoup de mots féminins se terminent en -eur : peur, douceur, candeur, fleur, grandeur… Ce n’est pas une terminaison exclusivement masculine. Puisque notre langue évolue en fonction de son utilisation, pourquoi ne serions-nous pas autorisés à faire du mot « auteur » un mot qui n’a pas de genre ? Pourquoi ne pas le faire pour tous les mots ? Ainsi nous n’apprendrions plus à nos enfants que « le masculin l’emporte ». Pour moi, c’est la meilleure solution et c’est pour cette raison que j’ai choisi de continuer à utiliser le mot « auteur ».

Je ne vous demande pas de partager mon avis. En réalité, je comprends totalement le désir d’utiliser « autrice ». Ma démarche est, au final, très similaire dans le fond et juste différente dans la forme. Ce qui me dérange en revanche, c’est que certains se permettent de juger ceux qui ont choisi de mener leur combat autrement. Car oui, je mène un combat en utilisant « auteur » plutôt qu’autrice. Et ça ne veut pas dire que je ne rejoindrai pas le rang de ceux qui disent « autrice » (bien qu’il soit plus probable que je me tourne vers « auteurice » puisque j’utilise déjà l’écriture inclusive sur mes réseaux personnels) dans quelques années. Mes pensées peuvent évoluer vers autre chose au fil des jours, je ne suis pas fermée aux idées des autres. J’aimerais seulement qu’on ne se permette pas de me juger (ou d’en juger d’autres) sous prétexte que je ne partage pas la même opinion.

Oui, je suis féministe et c’est pour cela que je dis auteur.

9 pensées sur “Je suis féministe et je dis « auteur »”

  1. Vi' Black dit :

    Woaw ! Voilà un article qui fait du bien !

    Je rejoins totalement ton point de vue bien qu’il m’apparaisse pour la première fois sous cet angle là. C’est pour cela aussi que j’utilise auteure et non autrice dans mes chroniques. Mon but n’est de distingue homme et femme de façon à les classer différemment, mais juste à les considérer en tant que personne ayant un genre particulier (de plus, à l’oral, le mot est passablement neutre puisqu’on ne note pas la différence d’orthographe). Puis j’aime beaucoup utiliser des néologismes et des mots non-officiels donc aussi longtemps que je le pourrais je privilégierai auteure à auteurice ou autrice.

    Mais je n’ai pas non plus compris ce débat que ne sert à pas grand chose sinon desservir la cause qui est, je crois, la lutte pour l’égalité homme-femme n’est-ce pas ? Avoir l’impression que les réseaux sociaux deviennent les Hunger Games pour si peu (car, oui, auteure ou autrice n’est pas vraiment le débat qui fera avancer les choses d’après moi, comme pain au chocolat ou chocolatine m’voyez ?) c’est légèrement effrayant.

    D’ailleurs pourquoi ne pas pousser encore plus loin dans l’absurde et demander « auteuse » (immonde) sur le même principe qu’une danseuse ou une coiffeuse ? Parce que pour moi, cette gué-guerre semblait prête à aller toujours plus profondément dans le n’importe quoi…

    Bref, je me suis un peu perdue (oops ?) mais merci pour ton article qui explique avec calme et pédagogie qu’il existe un nombre incalculable de façons de mener le même combat. Que chacun dise ce qu’il veule, c’est pour moi le vrai féminisme. Les femmes choisissent d’elles-mêmes si elles veulent être appeler auteur, autrice ou n’importe quoi d’autre. Et ton choix doit être respecté.

    Bisous, amour et papillons ~

    1. Erika dit :

      Quand on prend le temps de s’écouter les uns les autres, on se rend souvent comptes que le fond de nos idées est le même, qu’on a un même désir mais une façon différente de mener notre combat. Mais certaines personnes ont tendance à penser que leur façon de faire est la plus légitime, et à imposer cette dernière aux autres, sans prendre la peine de les écouter. C’est ce qui amène à ces fameux Hunger Games et aussi ce qui fait passer les féministes pour des extrémistes. Rien de mieux pour desservir la cause…
      Mais je crois que ce monde idéal dans lequel nous laissons les gens penser librement est utopique xD

      Pour le choix d’employer autrice plutôt qu’auteuse ou auteure, je crois que c’est lié à l’étymologie ^^

      Merci pour ton commentaire ♡

  2. Lulapapote dit :

    Article très intéressant ! C’est vrai que j’ai tout le temps le doute de savoir comment écrire et finalement je suis tout à fait d’accord avec toi, il faut arrêter de faire la distinction car ça ne fera pas arranger les choses.

    1. Erika dit :

      Merci ♡
      C’est difficile de se positionner sur ce sujet, je comprends qu’on soit tous un peu confus ha ha.

  3. Lili dit :

    Bonjour,
    je ne comprends pas trop pourquoi on juge les gens là dessus… 🙁 Personnellement j’utilise autrice, déjà parce que j’apprécie ce mot ahah la consonnance est belle – mais également parce que, lorsque je prononce le mot auteur, on me demande tout de suite le nom de l’HOMME, autrice ça me permet de tout de suite exprimer le fait que… c’est une femme, l’image s’impose. Tout simplement. C’est bête mais c’est comme ça que ça marche et personnellement ça ne me dérange pas outre mesure… Faut dire que je suis un peu loin des combats sur l’orthographe – en tout cas comme celui ci. Je trouve ça sans intérêt. Ça n’avance en rien l’écriture insclusive…..de plus notre langue contrairement aux langues nordiques aura énormément de mal à se plier au neutre… Nous ne rassemblons absolument pas ce qu’il faut en terme de règles. Ça prendra beaucoup beaucoup de temps en tout cas. 🙂 ! Ça fera son petit bonhomme de chemin en temps voulu.

    Mais là n’est pas le sujet :d je trouve ça en réalité très grave d’en être au point d’en faire un article pour s’expliquer parce que des personnes s’insurgent ou que sais-je… Auteur, autrice… Il ne peut pas y avoir d’insultes cachées derrière, alors pourquoi ne tout simplement pas laisser les gens utiliser ce qu’ils veulent… ?! C’est fou ça. Je ne pense vraiment pas que ça porte préjudice à quoi et qui que ce soit.

    Et je ne trouve pas que ça instaure des barrières, ça permet une meilleure compréhension de la personne que l’on va avoir en face de nous ? :/ En norvégien on a le neutre le masculin et le féminin! Et c’est nécessaire pour certaines choses. En Français ça pourrait être pas mal aussi !

    J’espère que mon message ne sera pas mal interprétée. J’aimerais juste dire que auteur et autrice sont pour moi deux mots similaires, qui prennent une forme plus précise lorsque l’on prend autrice, c »est tout… je ne pense pas que l’un devrait être plus utilisé ou oublié et encore soyons extrême : interdit… ! Que l’autre. 🙂 !

    Pouvoir utiliser neutre, féminin et masculin est à mon sens une liberté.., alors soyez libres ! 😀

  4. Lili dit :

    Et pour ce qui est de la distinction, je ne vois pas en quoi elle existe par contre et vraiment j’insiste (je suis ouverte à l’échange pour comprendre hein je le précise! !): nous avons des boulangères, des chirurgiennes, des banquières… et j’en passe, il n’y a pas de barrières 🙂 il y a des neutres pour des questions de logique (trop long, horrible prononciation… et j’en passe.) Je ne vois pas où sont les barrières? Comme pour soldate ! Je trouve que c’est respectueux de montrer, de reconnaître la présence d’une individue en tant que telle! 🙂 c’est pour moi une marque de respect également. (j’espère que je suis clair)

    Et évidemment rien n’empêche les gens d’utiliser et de DEMANDER du neutre ! On l’a, maintenant il faut le développer 🙂 mais sans chercher à entériner ce qu’il y a autour…

    1. Erika dit :

      Bonjour,

      Je vais répondre à vos deux commentaires d’un coup ^^

      Je ne comprends pas non plus, si cela peut vous rassurer… Je crois que c’est comme pour tout, il y a certaines personnes un peu extrêmes qui ont du mal à accepter que leur vérité n’est pas absolue, que leurs pensées ne sont pas plus légitimes que celles des autres et qu’on vit dans un monde où chacun est libre de penser ce qu’il souhaite.

      Prenez cet échange. Je ne partage absolument pas votre point de vu que cela soit sur le fait de marquer le féminin de « auteur » ou sur le fait que le neutre serait trop dur à mettre en place. (Vous l’avez compris en lisant mon rticle, nos avis divergent.) Pour autant, je ne vais pas essayer de forcer mon idée dans votre tête, pas plus que vous ne forcez la vôtre dans la mienne. On peut s’expliquer et en discuter sans obliger l’autre à adopter notre façon de penser…

      Pour vous répondre, nous n’avons nullement besoin de masculin et féminin. Il n’est pas nécessaire de genrer les choses ni même les personnes. Je n’y vois personnellement aucun respect particulier. À quoi servent ces étiquettes puisque nous sommes tous les mêmes : des êtres vivants ? Qu’en est-il des personnes non-binaires ? Où est le respect pour elles dans le fait d’utiliser du masculin ou du féminin ? Il faut du neutre, qu’il soit un neutre non-binaire ou un neutre dérivé de nos mots actuels, mais du neutre. Ça c’est une chose dont je suis convaincue. (Même si je doute que cela aboutisse un jour.)

      Quant à votre comparaison avec d’autres métiers, j’explique la différence dans l’article : « Bien sûr, de nombreux métiers ont un masculin et un féminin qui sont tous les deux utilisés couramment, mais ce ne sont généralement pas des métiers qui sont qualifiés « d’hommes » et leur féminisation n’avait pas pour but de prouver quelque chose. C’était un acte purement lié à la grammaire, contrairement à autrice (ou doctoresse, pompière, chauffeuse…) qu’on essaie de faire adopter pour des principes féministes que, vous l’aurez compris, je trouve presque anti-féministes. »

      Il y a probablement des exceptions, certains métiers ont peut-être été féminisés pour les mêmes raisons qu’autrice, mais je n’étais pas là à l’époque donc j’ai un rapport très différent avec ces mots-là ^^

  5. Tia Wolff dit :

    Un article tout en sensibilité…
    J’ai longtemps hésité sur le mot à choisir pour me qualifier. Auteur, auteure, autrice…

    Pendant un très court laps de temps, j’ai utilisé auteure, sans vraiment savoir qu’il n’était pas français. Mais il y avait une petite voix en moi qui me disait que quelque chose clochait, du coup je me suis un peu mieux renseignée et je l’ai abandonné.

    Le mot autrice, je ne m’y fais pas (et mon navigateur non plus vu qu’il me le souligne en rouge alors qu’il ne souligne pas auteure…) Je le trouve très agressif pour mes oreilles. Factrice ne me dérange pas, peut-être que j’ai plus l’habitude de l’entendre… Car oui, tout est une question d’habitude dans nos rapports aux mots et à l’orthographe. J’ai aussi l’habitude de mettre des accents circonflexes…

    Au final, j’utilise le mot auteur. Je ne me sens pas moins femme pour autant. Je le trouve très bien comme ça ce mot, forcer sa féminisation c’est renforcer les clivages. On n’a pas besoin de féminiser tout ce qui nous entoure pour que les femmes aient l’illusion d’être prises au sérieux (coucou les marques qui font des versions roses « pour femme » (plus chères) de produits utilisables par les deux sexes) On a surtout besoin de respect et d’arrêter de marquer des différences.

    Quand aux grands débats sur Twitter, on en a déjà un peu parlé. Je trouve ça bien plus fatiguant que productif au final. Dans son format, ce n’est pas un média fait pour s’écouter mais pour balancer ce qu’on a à dire sans trop argumenter. On raccourcit et ça crée des confusions et des tensions. Par contre, ce que j’aime, c’est les personnes qui prennent le temps de développer leur pensée et d’argumenter sans forcer leur vérité. Même si je te rejoins sur une grande partie de ton article et que je n’étais pas à convaincre.

    Bref, je suis une auteur indépendante, n’en déplaise aux radicaux de la langue française. Les auteurs ont bien le droit de jouer avec les mots après tout !

    1. Erika dit :

      J’ai longtemps utilisé « auteure » aussi, d’ailleurs, il m’arrive encore de l’utiliser sur mes réseaux personnels. (Preuve que je ne suis pas bloquée sur mon idée de « auteur » ha ha.) Mais après réflexion, j’ai décidé d’utiliser un mot que je considérais neutre. Ceci dit, mes pensées sur le sujet peuvent évoluer.

      Comme tu dis, je pense qu’il y aussi un facteur habitude. J’ai fini par me faire à « autrice », je l’ai même ressorti récemment sans y faire attention. Mais quand on n’y est pas habitués, ça peut gêner. Exactement comme l’ajout des accents sur les majuscules, le retrait des accents circonflexes ou même la liaison autorisée maintenant avec les mots commençant par un h comme « hérisson » ou « haricots ». (Il est devenu normal de dire « des z’haricots », chose qui était interdite avant.)

      Bref, tu le sais, je te rejoins sur toute la ligne et je te remercie d’être passée lire mon article et mettre un commentaire. Ça m’a fait plaisir !

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